Un.e mauvais.e handicapé.e

Je ne pensais pas du tout parler de cet aspect de mon positionnement sur le handicap maintenant, d’autant plus que l’article précédent mérite une vraie suite. Mais le plaisir d’un blog, c’est aussi de pouvoir réagir au quotidien et 2 amies sur FB m’ont donné l’occasion d’en parler.

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Je ne suis pas, ne serai pas et refuse même d’être le.a bon.ne handicapé.e de service. Dans notre société, nos droits sont réduits au strict minimum. Bien sûr si on regarde les lois, ce n’est pas le cas mais dans la vraie vie, obtenir le minimum pour vivre correctement est un calvaire, chaque démarche se transforme en parcours du combattant.e et les délais ne tiennent jamais compte de la réalité de notre état de santé. Pour vous donner un exemple, j’attends depuis novembre l’attribution d’une PCH (prestation compensatoire du handicap) humaine – c’est à dire quelqu’un.e qui viendra chez moi pour m’aider à faire les courses, le ménage, la cuisine, etc. ces choses que je ne peux plus faire et qui pour le moment sont à la charge de ma mère de 75 ans – depuis novembre… nous sommes bientôt mi-juin.

Aujourd’hui, je ne peux pas marcher du tout mais je n’ai toujours pas mon fauteuil roulant… Même en vivant seul.e, se traîner par terre pour aller à la salle de bain, c’est humiliant. Mais voilà les procédures sont longues…

Hier je suis allé-e défendre mon dossier pour obtenir un congés de longue durée (ce qui veut dire faire 60 km, me garer, trouver son bureau dans un bâtiment immense, avec mon exo-hanche, mes orthèses à chaque articulation, mes vêtements spéciaux sous des vêtements normaux malgré la chaleur, mes 2 cannes et bien sûr mes douleurs qui m’arrachent régulièrement des larmes quand je bouge), je suis tombé.e sur une femme très humaine. Il n’empêche que j’ai un dossier médical de plusieurs centimètres d’épaisseur remplis de comptes-rendus, certificats en tout genre, de lettres provenant de deux professeurs de médecine, d’une pneumo, du médecin responsable du centre où je suis parti.e en rééducation, d’un chirurgien… comment imaginer la moindre complaisance de tous ces médecins ? Il n’empêche que j’ai dû rencontrer cette femme hier qui était gentille et que je devrai défendre mon cas devant une commission. Je trouve cela violent, je ne devrais pas avoir à me justifier devant des inconnu.es. Et non je n’ai pas à positiver (comme on me l’a conseillé) parce que la femme qui m’a reçu.e était humaine, c’est juste la moindre des choses.

En rentrant chez moi, ma mère s’arrête pour que je retire de l’argent et bien entendu la place handicapée était occupée par une voiture sans carte. Je ne l’ai pas rayée, je ne lui ai pas crevé les pneus, j’ai juste collé ça dessus.

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Mais manifestement, ça mérite un rappel à être plus humain.e, à être plus ouvert.e aux autres, à me poser la question sur la situation de la personne. Non pas de carte, pas de place, point.

Alors non, je ne serai pas votre bon.ne handi.e de service qui ne se plaint, qui dit « SVP » et « merci » pour faire respecter ses droits élémentaires, qui ne parle pas de ses souffrances pour ne pas gêner en société, je ne servirai pas de modèle aux valides grâce à mon courage et à la façon dont je « transcende » mes handicaps. Ce rôle, je le laisse à d’autres car pendant qu’on joue à ça, on ne fait que renforcer le validisme de cette société.

[Images de LostMemory]

La page Facebook de LostMemory que je vous conseille fortement pour aller plus loin sur le sujet

2 commentaires sur “Un.e mauvais.e handicapé.e

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