Tourner une page dans les larmes

« Nous sommes natifs de nos ruines surgissantes » Henry Bauchau

 

Voilà je suis allé.e récupérer les affaires personnelles que j’avais laissées dans ma classe quand j’ai dû brutalement m’arrêter en novembre dernier. Ma dernière classe, mon ULIS adorée où j’enseignais à ces élèves « extra ordinaires ». Ces élèves handicapé.es, issu.es des quartiers nord de Marseille qui, au-delà de la passion d’enseigner, que j’ai eu dans toutes les classes où je suis passé.e (bon soyons honnête, la passion a été moins présent.e durant mon année en maternelle mais je pense que c’était autant dû au fonctionnement de la maternelle, qu’à l’école en elle-même, on n’aime pas ce qui dépasse, ce qui est différent dans les petits villages et en termes de différences, je me pose là !) ces élèves donc qui accomplissent des miracles chaque jour.

J’avais dans les mains mon rêve : une ULIS dans les quartiers nord de Marseille et il s’est dissout devant mes yeux, comme du sable fin qui aurait coulé entre mes doigts.

J’ai monté (très) difficilement les 2 étages, j’ai récupéré mes affaires, j’ai heureusement eu de l’aide pour les descendre pendant que je descendais (très) difficilement, j’ai dit au revoir aux collègues sachant bien qu’iels étaient depuis longtemps passé.es à autre chose et j’ai quitté la Cité, ses habitant.es et les enfants qui y sont.

Surement qu’avec le temps, je trouverai un moyen d’enseigner autrement, auprès d’associations, pour aider les réfugié.es, faire du soutien auprès d’enfants malades, que sais-je…
Mais pour le moment, j’ai le cœur brisé, j’ai l’impression d’en avoir laissé un morceau dans chaque école où je suis passé.e et ayant j’ai été remplaçant.e,  j’en ai fait beaucoup.

Enseigner fait partie de mes intérêts spécifiques (IS) Les IS sont un des critères diagnostics de l’autisme. Priver un.e autiste d’un IS, le.a déstabilise profondément. Heureusement, j’en ai d’autres : l’écriture, la lecture, militer, mieux faire connaître l’autisme, etc. Mais enseigner était celui qui prenait le plus de place et de temps et qui structurait ma vie, le deuil va être long et retrouvait une vie stable qui rassure, l’autiste que je suis, va être un travail long et compliqué.

Mais pour le moment, c’est le temps du deuil et des larmes. Et il est légitime de leur laisser de leur espace et leur temps.

[Photo prise lors du goûter de la Toussaint avec quelqu’un.es de mes élèves, ce sourire, je ne l’ai que sur des photos d’école… ] 

4 commentaires sur “Tourner une page dans les larmes

  1. Non seulement il est légitime de laisser du temps aux larmes mais en plus cest sain . Il ne sert à rien de refouler un chagrin qui resortirait un jour ou l’autre sous forme de plaie .
    Mais moi je sais qu’un jour je ne sais pas quand et je ne sais pas sous quelle forme tu retrouveras le bonheur de partager de donner d apprendre à ceux qui en ont besoin .

    J'aime

  2. Ce que ça a dû être difficile!
    ô combien je comprends cette tristesse de ne plus avoir accès à ton IS. Jaja a raison : il est sain de ne pas refouler ta tristesse.Tu es sur le bon chemin.Courage!
    Pour ma part, j’avoue ne pas en être encore là, je ne parviens pas à renoncer

    J'aime

    1. Je n’ai pas le choix Maisie, si je l’avais je ne pense que j’aurais le courage d’arrêter et je continuerais à ruiner mon corps en lui en demandant trop.
      Mais je ne suis plus assez mobile et dans la fonction publique, l’aptitude au poste est décidée en commission dans mon cas…

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s