Autiste et maintenant ?

Je me suis donc retrouvé-e à 35 ans avec un rapport diagnostic contenant les événements principaux de ma vie, les résultats des différents tests que j’avais passés, les éléments issus du témoignage de ma mère sur mon enfance (Merci maman d’avoir participé à ce processus diagnostic) et une conclusion ou plutôt une double conclusion « L’ensemble de ces éléments s’intègre dans un diagnostic de syndrome d’Asperger (selon la nomenclature de la CIM 10) ou d’autisme avec besoin de soutien moyen (selon la nomenclature du DSM 5), associé à un très haut potentiel intellectuel »

Autant j’avais refusé de trop lire sur le sujet ou de rejoindre des groupes dédiés avant le diag pour ne pas l’influencer, autant je me suis précipité.e sur les 2 une fois le diag en main ! J’ai fini l’année scolaire en passant tout mon temps libre plongé.e en « Autistan » (Vous trouverez dans la bibliographie les ouvrages de référence et ceux qui ont eu le plus d’importance pour moi)

Néanmoins au fur et à mesure que je découvrais mon pays « l’autistan », que je rencontrai ma famille, mon passé prenait sens. Tous ces moments où j’avais été en marge sans comprendre pourquoi, toutes ces choses essentielles que je n’avais pas réussies à communiquer, tous les jugements qu’on avait portés sur moi, le harcèlement constant jusqu’au bac et l’isolement quasi-complet durant mes études et surtout, surtout les mois devenus des années enfermé.e et maltraité.e en pédo-psy par des médecins pour qui une fille intelligente ne pouvait pas être autiste et pour qui je restais une énigme donc un défi insupportable qu’il fallait mater à coup de neuroleptiques et d’enfermements en chambre d’isolement.

Aurais-je été cru-e plus facilement lors du procès de la personne m’ayant violé.e enfant si les professionnels (experts médico-psychiatres ou juges) en face de moi avaient eu cette information essentielle qui influe ma façon de réagir aux événements, ma façon de les raconter, ma façon de me tenir (non je ne fuis pas votre regard parce que je mens mais parce qu’il est plus facile pour moi de parler à quelqu’un qui m’impressionne en ayant les yeux dans le vague, non je ne me tortille pas sur la chaise parce que je raconte des histoires mais parce que je cherche à dissimuler mes stéréotypies devenues un problème à l’école, non je ne raconte pas des événements terribles le visage impassible parce qu’ils sont faux mais parce que ce masque, cette « poker face » est devenu un outil de protection dans ce monde qui est pour moi violent et insensé, au sens propre, etc.) ? S’iels n’avaient pas eu entre les mains ces dossiers médicaux où l’ignorance des médecins leur faisaient se demander si je n’étais pas bipolaire / atteint.e de psychose infantile / schizoïde / (faites votre marché, vous avez le choix) Aurais-je fait ces études dont une partie ne me plaisait pas mais que j’ai faites pour prouver que l’enfant perdu.e allant de foyers en HP, à qui on avait promis un avenir à la rue ou institutionnalisé-e était capable de faire une des plus grandes écoles d’ingénieur.es ? Alors que la seule chose dont j’avais envie était d’enseigner…

Comment éviter de se demander ce qu’aurait ma vie si je l’avais su avant ? Si on avait écouté ma mère, si j’avais rencontré la.e bon.ne docteur.e ? Cette relecture de 35 ans de vie où aux drames ont succédé des réussites précaires a provoqué une sérieuse décompensation.

L’été fut à peine suffisant pour que je me remette sur pied et heureusement je commençais un suivi avec un psychologue spécialisé en TSA (Trouble du Spectre Autistique) recommandé par le professeur qui m’avait diag. Etre diagnostiqué.e autiste à l’âge adulte, c’est recevoir un ouragan et il fait être prêt.e à remettre en cause toute sa vie, pour en construire une autre adaptée à l’autiste pour qu’iel souffre moins dans cette société de neurotypiques (personne non-autiste) et que les moments d’effondrements autistiques soient moins fréquents et moins violents.

Je commençais à trouver cette vie adaptée à Sam autiste quand le SED a explosé mais ma vie a beaucoup d’humour (noir)

A suivre

Encore merci de votre lecture, n’hésitez pas liker si vous avez aimé ou à laisser un commentaire.

[Photo : Callum Smith, l’un des 3 frères Smith, champions de boxe anglaise dont la sœur autiste est d’après eux, « la plus courageuse des combattants de la famille car elle affronte le monde tous les jours avec son autisme »]

« Vous n’avez jamais pensé au syndrome d’Asperger ? »

« Vous n’avez jamais pensé au syndrome d’Asperger ? » Cette question m’a été posée, il y a presque 4 ans par le psychiatre, psychothérapeute qui me suivait depuis 6 ans.

J’ai commencé à être psychiatrisé.e de grès ou de force à l’âge de 12 ans, je raconterai  longuement cette « prise en charge » maltraitante et ses raisons un peu plus tard. A 17 ans, lors de ma dernière hospitalisation en pédo-psychiatrie, on m’a déclaré.e borderline ou état limite ou encore souffrant d’un Trouble de la personnalité limite (tout ce jargon veut dire la même chose) Arrivé.e à l’âge adulte, j’ai fuis tout ce qui ressemblait de près ou loin à un.e psy et j’ai continué à souffrir dans mon coin sans aide et en ne me reconnaissant que très très vaguement dans ce diagnostic. Mais bon, je savais depuis l’enfance que quelque chose n’allait pas chez moi, quelque chose de plus profond, plus structurel qu’une dépression ou un syndrome de stress post traumatique, quelque chose qui me faisait me demander régulièrement ce que je faisais sur cette planète tellement bizarre et douloureuse, entouré.e de gens dont je ne comprenais qu’une très vague partie de leur fonctionnement. Alors bon, ayant épluché le DSM IIIR puis le DSM IV et n’ayant rien trouvé de mieux, j’avais fini par me dire que j’étais une borderline bizarre, un peu à la marge mais que si après avoir vu tant et tant de psys entre 12 et 18 ans, aucun n’avait trouvé mieux, c’est qu’iels devaient avoir raison.

Je n’allais pas bien pour autant, loin de là. Surmontant ma peur des psys, je me décidais à en consulter, racontant encore et encore les mêmes choses, en retirant parfois un peu de réconfort mais guère plus.

Ma vie a pris un tournant vers mes 28 ans. Autant les études avaient été un bonheur sans fin où j’arrivais à dissimuler mes bizarreries par mon isolement, tout en nourrissant ma soif d’apprendre, autant l’entrée dans le monde du travail fut d’une violence incroyable, me projetant dans un univers où je ne comprenais rien. En moins de 3 ans, j’étais arrêté-e pour burn-out.

Peu de temps après, j’ai subi un viol ( #METOO ), ce qui acheva mon couple qui allait déjà très mal. Je décidais alors de partir de Paris pour retrouver ma Provence adorée. Je survivais comme je pouvais mais j’avais accumulé trop de souffrances et trop de drames pour ne pas que ça explose. Et je me retrouvais à 29 ans à nouveau en hôpital psy (HP) Je ne rentrerai pas aujourd’hui dans les détails de l’hospitalisation, ce n’est pas le sujet mais c’est à ce moment que je commençais mon suivi avec le psy qui me posa un jour cette question « Vous n’avez jamais pensé au syndrome d’Asperger ? »

J’ai dû ouvrir les yeux comme des soucoupes, le regarder comme un fou et dire un truc du genre « Quoi, moi autiste ? » (j’ai appris par la suite qu’il avait essayé de m’orienter implicitement plusieurs fois, mais en bon.ne autiste, je ne comprends pas l’implicite !) J’ai passé la nuit suivante sur internet et j’ai découvert ma vie (vous trouverez dans les liens les sites qui m’ont donné l’impression d’avoir été écrits pour moi) La semaine suivante, je racontais ça à mon psy et je lui dis « Je fais quoi maintenant ? » Il me fallait un diagnostic, un vrai posé par des spécialistes. Il avait prévu ma réaction et préparé les coordonnées d’un des grands spécialistes français de la question qui consulte dans la ville où j’habite (parfois j’ai de la chance, c’est rare mais ça arrive !) Je lui ai demandé comment il en était arrivé à penser à ça. Pour lui au bout de 6 ans de suivi, le diagnostic de départ n’était pas le bon, il avait donc cherché, s’était renseigné auprès de confrères et il était arrivé à ça.

Le processus diagnostic a été relativement court pour un.e adulte (là encore j’ai eu de la chance) et quand le professeur G. m’a envoyé mon rapport diagnostic, il m’a rendu mon identité. Ce diagnostic sera après confirmé par le CRA dont je dépends.

« Vous n’avez jamais pensé au syndrome d’Asperger ? » Non jamais, mais cette phrase m’a rendu ma vie.

Merci Docteur H, merci professeur G.